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Psychologie : comment réapprendre à vivre avec les autres après le déconfinement ?

Après deux mois des mesures sanitaires strictes, la France entière s'apprête à se déconfiner lundi 11 mai 2020. Pour certains, cette liberté retrouvée peut être source d'angoisse.

Publié le 9 Mai 20 à 10:15



Le déconfinement et le retour à la vie sociale peuvent être des sources d’angoisse. (©Pixabay)


Pour certains Français, le confinement n’a été qu’un mauvais moment à passer et le déconfinement, l’occasion de retrouver (sous conditions) ses libertés et de revoir ses proches et ses amis.


Mais vous faites peut-être partie de cette autre partie de la population pour qui côtoyer de nouveau du monde dès le 11 mai s’apparente à une véritable épreuve. Car qui sait si la personne en face de soi a correctement respecté le confinement et ne constitue pas un danger sanitaire.


Comment calmer ses inquiétudes ? Comment se préparer au déconfinement quand on est restés deux mois, parfois seul, chez soi ? Comment apprendre à vivre avec le Covid-19 et réapprendre à vivre avec les autres en société ? Deux psychologues nous aident à faire le point.


La peur, une émotion légitime


Tout d’abord, sachez qu’il est tout à fait légitime de craindre le déconfinement. Car, derrière lui, comme depuis le début du confinement, se cache la notion de la sécurité sanitaire et de protection pour soi, les proches et les autres, explique auprès d’actu.fr Anne Viau, psychologue et psychothérapeute à Mazé-Millon dans les Pays de la Loire.


Est-ce que j’estime que je suis suffisamment en sécurité, de même que mes proches ? Est-ce que je ne risque pas de les contaminer avec le retour du monde dans les rues ? Est-ce que je dispose de suffisamment d’informations pour me protéger et protéger les autres ? Autant de questions que l’on peut être amené à se poser et qui peuvent nous affecter.

La question de l’acceptabilité (c’est-à-dire ce qu’on est près à accepter ou non) est également très importante, poursuit Anne Viau. Suis-je prêt à accepter que mon ami ne respecte pas correctement le confinement ou vais-je m’éloigner de lui ? Suis-je prêt à ne pas serrer dans mes bras la grand-mère que je n’ai pas vue depuis deux mois ? Enseignant, que faire si l’un de mes jeunes élèves fond en larmes d’anxiété alors que je dois me tenir à distance de lui

C’est là qu’est posée la limite de la confiance que l’on a ou non dans les autres, selon les risques que l’on accepte (professionnellement, familialement, amicalement, socialement) ou non de prendre au regard de la situation.

Connaître le danger dont on parle


Avec le déconfinement, il y a une part d’inconnu qui peut remettre en question le comportement que l’on a adopté depuis deux mois, privé de notre place dans la sphère sociale. Et donc susciter des craintes, de la méfiance voire un manque de confiance envers les autres, ajoute Claire M., psychologue établie dans le sud de la France*.


« L’être humain a besoin d’habitudes, d’une certaine routine, c’est sa manière d’appréhender le monde qui l’entoure et de s’y positionner. Quand les choses sont bousculées, comme avec le confinement et maintenant avec le déconfinement, cela peut générer de la peur, une émotion normale qui nous permet, si on l’écoute, de soit mettre le danger à distance, soit d’ajuster notre comportement pour le ramener à un niveau de sécurité suffisant », poursuit-elle.

 Cela passe par une bonne connaissance et bonne application des gestes barrière pour ne pas se donner des raisons d’avoir peur. Plus on connait le danger, plus on peut agir en fonction.

Gérer ses peurs et accueillir ses émotions


Comment alors refaire confiance aux autres avec le déconfinement ? Si la question est vaste et la réponse propre à chacun, en fonction de notre sensibilité, de nos craintes et des ressources que nous avons développées pour aborder cette période si spéciale, il existe certaines manières d’apprivoiser ses craintes et sa méfiance envers les autres.


Vos inquiétudes font partie de votre quotidien ? Alors plutôt que de lutter et de tout faire pour les éliminer, pourquoi ne pas accueillir ses émotions et apprendre à les gérer ? Médiation, hypnose, yoga, respiration, projection dans un futur positif, liste de tous les bons moments de la journée…


« Il faut se focaliser sur le positif pour ne se laisser imprégner par le négatif. Ce n’est pas nier ses peurs ni éliminer ses émotions, c’est apprendre à faire des pauses pour remplacer nos pensées négatives. Quand ce sont des ruminations, qui sont inutiles, il est nécessaire de les remplacer par des pensées positives », ajoute Anne Viau.

Si ce sont des problèmes auxquels on pense, il est utile de chercher des solutions. S’il n’y a pas de solutions, c’est vraisemblablement que nous avons à faire à des limitations, auquel cas c’est la gestion de nos émotions et du stress qui est indispensable…

Mettre les choses en perspective


Pour limiter cet état d’inquiétude, renchérit Claire M., il est important de savoir distinguer des « moments-ressources » dans son quotidien. « C’est-à-dire de se programmer un moment agréable, un activité qui nous fait du bien à chaque fois que l’on a été exposé à un moment de stress », précise-t-elle.


S’acheter un petit gâteau à la boulangerie en rentrant du travail, se faire couler un bon bain, s’octroyer une demi-heure de lecture, appeler une amie, se déhancher sur notre musique préférée. « L’important est de dire à son corps et à sa tête : c’est terminé, je suis en sécurité, tout va bien« , poursuit la psychologue marseillaise.


Tirer le positif du confinement, c’est donc arriver à mettre les choses en perspective et à accepter que c’était une situation temporaire, exceptionnelle, qui permet aussi de se retrouver, en se remettant à la lecture, en redécouvrant nos talents culinaires, en triant nos photos, en redécorant notre intérieur…

En ne pouvant plus naviguer comme d’habitude entre les différentes sphères sociales (famille, travail, amis, terrasse d’un café, inconnus croisés dans la rue …) nous avons pu recentrer sur nous-mêmes et faire le tri.

Se réunir autour de la situation


Autre conseil, cette fois-ici du côté de l’information. « Il est important de n’écouter que les informations officielles et les documents validés scientifiquement, ainsi que de se protéger de tout ce qui traîne sur Internet et les réseaux sociaux. Si vous saviez le nombre de fake news qui circulent, le nombre de mots utilisés à mauvais escient… », soupire Anne Viau.


Si l’on voit que l’on est franchement affecté par l’important flux d’information quotidien sur le Covid-19 et que l’on subit plus qu’on ne s’informe, alors on essaie de décrocher :

On n’hésite pas à couper les chaînes d’information en continu et à lâcher son téléphone pour éviter de rester le nez dans une situation anxiogène.

Il ne s’agit pas non plus de se couper totalement de la réalité. Au contraire, rappelle Claire M., l’être humain est « un être de langage, de parole, qui a besoin de raconter, de parler, d’écouter, de mettre en mots son histoire » pour allier le passé (avant le confinement), le présent et le futur et reprendre la main sur notre vie actuelle.

Partager ce qui nous est arrivé, convoquer le souvenir commun, c’est ce qui construit une société. C’est dire : on a vécu, on a survécu, on est là pour en parler.

Rester attentif à soi-même


Il va s’en dire que ce confinement inédit et ces mesures de restriction exceptionnelles ne sont pas sans conséquence et peuvent laisser de véritables cicatrices pour certains d’entre nous. Certains psychologues s’attendent même à une sorte de contrecoup dans les semaines, les mois voire les années à venir.


« Pour supporter un événement traumatisant ou qui a eu un impact fort, l’être humain a la faculté de se mettre en pilote automatique pour supporter les choses : il sait, au niveau cognitif, ce qui s’est passé mais n’a pas les ressources émotionnelles suffisantes pour gérer la situation », détaille Claire M.

Bien sûr, chacun a sa propre capacité à cicatriser et à trouver les ressources propres à continuer sa vie. Mais on peut envisager que pour certaines personnes, des éléments peuvent arriver plus tard ou à l’occasion d’une situation spéciale (la mort d’un proche, par exemple). 

Mais rien n’est insurmontable, poursuit-elle, « et si vous n’arrivez plus à faire gérer vos craintes, sachez que nous n’êtes pas seul ». En dehors de la ligne téléphonique d’aide psychologique mise en place par le ministère de la Santé, vous pouvez contacter votre médecin traitant, et bien sûr contacter des psychologues – beaucoup télé-consultent ou consultent par téléphone. 

L’important est de ne pas rester seul et d’avoir toujours cette auto-vigilance sur des changements qu’on constaterait chez nous : insomnie, cauchemars fréquents, faible appétit voire perte d’appétit… Il ne faut pas hésiter à appeler à l’aide et à demander une aide extérieure.

* À la demande de Claire, nous n’avons pas divulgué son nom de famille.

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