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Entre crise sanitaire et crise sociale, la troisième vague sera-t-elle mentale ?

Publié le 14/12/2020 à 06:30 | Mis à jour le 14/12/2020 à 08:32


Les Français ont le moral en berne : lame de fond durable ou période difficile transitoire ?

© (Photo archives NR, Julien Pruvost)


​Entre petite déprime et grosse dépression, les effets de la pandémie rejaillissent sur la santé mentale des populations : effet provisoire ou lame de fond ?


Une fatigue inhabituelle. De l’anxiété. Un ras-le-bol général. Des bleus à l’âme. Du découragement. Depuis neuf mois, le moral des Français (et de très nombreux autres habitants de la planète) est en berne. Et si la santé mentale était l’un des effets "rebond" de la pandémie mondiale ?


L’OMS (organisation mondiale de la santé) alertait dès le mois d’octobre, avant le deuxième confinement, sur les effets délétères du coronavirus sur l’état psychique des populations soumises au stress inédit de l’épidémie. Alors : vague dépressive ou coup de déprime ?


"Symptômes aggravés"


"Il ne faut pas tout mélanger", répond Viviane Kovess-Masféty, médecin psychiatre et épidémiologiste, spécialiste de l’étude des systèmes de soins pour les problèmes de santé mentale.


"D’un côté, il y a une détresse psychologique et un mal-être induits par la situation. Et de l’autre la maladie mentale, évaluée avec des critères précis. Alors que des phénomènes d’anxiété soient aggravés et plus nombreux avec des épisodes dépressifs transitoires, je suis d’accord. Mais cela ne veut pas dire que la santé mentale des Français est en danger. Je ne le crois pas et il faut attendre des études épidémiologiques sérieuses pour l’affirmer."


Et d’ajouter que 20 à 30 % de la population connaissent des passages de déprime, d’une ou deux semaines, hors Covid, se manifestant par un sommeil perturbé, des accès d’anxiété, de la fatigue et une lassitude psychologique. "Dans la vie normale, des épisodes de déprime, ça arrive à tout le monde. Alors le fait d’être confiné, d’avoir la perspective d’un Noël moins festif, ce sont des désagréments qui aggravent les symptômes. C’est une réaction à un stress. Il ne faut pas confondre ceux pour qui cette situation est désagréable et difficile à vivre, et ceux qui sont hospitalisés en réanimation. Il faut relativiser. C’est un événement de vie dur et négatif, mais on va s’en relever."


Ne pas confondre déprime et dépression


La psychiatre rappelle que déprime et dépression ne sont pas semblables et ne doivent pas être confondues. Durée et intensité des symptômes ne sont pas les mêmes.


"Des critères précis établissent une échelle de santé. Ce que je vois aujourd’hui ne relève pas d’une atteinte à la santé mentale mesurée. C’est un discours spéculatif qui ne s’appuie ni sur des données médicales, ni sur des statistiques validées. C’est un sentiment. Pas encore un constat scientifique."


"Regardons aussi la créativité mise en œuvre pour lutter contre l’isolement, les nouveaux liens sociaux"

Viviane Kovess-Masféty, médecin psychiatre et épidémiologiste


Viviane Kovess-Masféty ne nie pas pour autant les difficultés à vivre cette période si particulière. "Bien sûr que des gens souffrent. Mais plus ou moins. Je pense qu’une jeune mère de famille qui télétravaille avec de jeunes enfants dans un petit logement est soumise à une pression épuisante et que sa déprime et ses difficultés sont réelles. Plus qu’un cadre ou un retraité confiné dans sa résidence secondaire. Ou un étudiant rentré chez ses parents."


Une réforme du système de soins pour la psychiatrie ?


Pour la chercheuse, l’épidémie aggrave les inégalités sociales et la détresse psychologique. "Mais il faut se calmer. Ceux avaient déjà une fragilité avant le Covid sont effectivement plus sensibles. Regardons aussi la créativité mise en œuvre pour lutter contre l’isolement, les nouveaux liens sociaux."


Et si le problème était que l’opinion publique française pense que l’État n’en faisait pas assez pour la psychiatrie ?


"C’est vrai qu’il y a une disparité géographique inacceptable et que les psychiatres, notamment en exercice libéral, comme de nombreuses autres spécialités, sont mal répartis sur le territoire. Mais avec l’épidémie, on s’est rendu compte que le système de soins psychiatriques avait mis en place de nouvelles pratiques positives, qui sont en cours d’évaluation. Pour cause de risque infectieux, des malades mentaux sont sortis des structures hospitalières pour un suivi en extérieur avec des procédures qui restent à valider, mais semblent bénéfiques, et c’est intéressant à suivre. La télémédecine aussi a bien évolué en raison de la situation épidémique. Peut-être qu’une réflexion plus globale est à mener sur l’utilisation des moyens donnés à la santé mentale. Pourquoi ne pas rembourser les consultations de psychologues tout à fait compétents pour prendre en charge les détresses psychologiques, les troubles légers et modérés ? Ce qui soulagerait le système public de santé mentale."


Une autre organisation avec une réflexion globale à mener, effet induit du coronavirus qui oblige à préparer l’avenir ?

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